Shopify : combien coûte vraiment la solution pour votre e-commerce ?
Sur la page tarifs de Shopify, tout paraît simple : un abonnement mensuel, quelques options, et votre boutique est en ligne. Dans les comptes de nos clients e-commerçants, le constat est différent. L’abonnement ne représente qu’une petite partie de la facture. Ce sont les commissions qui pèsent, et elles grossissent au même rythme que votre chiffre d’affaires.
En tant qu’expert-comptable, nous voyons passer chaque mois des relevés Shopify de boutiques de toutes tailles. Voici ce qu’il faut vraiment budgéter.
Les quatre postes qui composent le coût de Shopify
L’abonnement d’abord. Shopify propose plusieurs forfaits, du Basic (une trentaine d’euros par mois) à l’Advanced (environ 300 à 400 € par mois). Au-delà, Shopify Plus démarre autour de 2 300 à 2 500 dollars mensuels selon la durée d’engagement. Pour les très gros volumes, ce forfait fixe peut être remplacé par des frais variables d’environ 0,25 % du chiffre d’affaires.
Ensuite viennent les frais de paiement. C’est le vrai sujet. Avec Shopify Payments, chaque transaction supporte un pourcentage et un montant fixe, de l’ordre de 1,5 % à 1,9 % + 0,25 € pour une carte européenne selon votre forfait. Les cartes hors Union européenne, l’American Express et PayPal coûtent nettement plus cher. Le paiement fractionné (Alma, Klarna…) peut dépasser 3 % à 5 %.
Si vous utilisez une autre passerelle que Shopify Payments, Shopify ajoute sa propre commission par-dessus : de 2 % sur le forfait Basic à 0,6 % sur Advanced, et autour de 0,2 % sur Plus.
Dernier poste, souvent sous-estimé : les applications. Avis clients, emailing, gestion des retours, upsell, traduction… Une boutique bien équipée cumule facilement 500 à 3 000 € d’abonnements mensuels, sans compter le thème premium et les interventions d’agence.
Exemple chiffré : une boutique à 6 millions d’euros de CA
Prenons un cas concret, proche de ce que nous rencontrons au cabinet. Une marque réalise 6 M€ de chiffre d’affaires annuel avec un panier moyen de 100 €, soit environ 60 000 commandes. Elle est sur Shopify Plus et encaisse via Shopify Payments.
- Abonnement Shopify Plus : environ 28 000 € par an
- Frais de paiement sur cartes européennes (1,5 % + 0,25 €) : environ 105 000 €
- Surcoût lié aux cartes étrangères, Amex et PayPal : environ 7 000 à 15 000 €
- Applications : environ 10 000 €
Total : autour de 150 000 € par an, soit 2 à 2,5 % du chiffre d’affaires.
Autrement dit, les commissions de paiement représentent plus des deux tiers du coût de la solution. Négocier l’abonnement ne changera pas grand-chose. Négocier les taux de paiement, si.
À ce niveau de volume, la négociation devient possible. Shopify accorde des taux personnalisés aux gros marchands. Vous pouvez aussi passer sur un prestataire comme Adyen ou Stripe en tarification « interchange++ », qui descend souvent vers 1 à 1,2 % sur les cartes européennes. Même en tenant compte de la commission Shopify sur passerelle tierce, l’économie peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros par an.
Ce que votre expert-comptable doit vérifier
Le coût, c’est une chose. La façon dont il est enregistré en est une autre, et c’est là que beaucoup de comptabilités e-commerce dérapent.
Shopify vous verse des montants nets : ventes encaissées, moins commissions, moins remboursements, moins litiges. Or la comptabilité interdit de compenser. Le chiffre d’affaires doit apparaître brut, et les commissions en charges (en principe dans le compte 627, services bancaires). Si vos ventes sont enregistrées à partir des virements reçus sur votre compte bancaire, votre chiffre d’affaires est faux. Votre TVA collectée l’est probablement aussi.
Il y a ensuite la TVA sur les factures Shopify elles-mêmes. Elles sont émises depuis l’Irlande : l’abonnement et les applications étrangères relèvent de l’autoliquidation, qu’il faut déclarer sur votre CA3. Les frais de paiement, eux, sont généralement exonérés. Ces deux traitements ne doivent pas être confondus.
Enfin, si vous vendez à des particuliers dans d’autres pays européens, le guichet unique OSS entre en jeu. Shopify sait calculer la TVA du pays de livraison. Encore faut-il que le paramétrage soit juste et que les déclarations suivent.
Le rapprochement entre les commandes, les versements Shopify et la banque peut être automatisé avec des connecteurs. Sur une boutique à plusieurs dizaines de milliers de commandes, c’est indispensable. Un contrôle humain reste tout de même nécessaire, surtout sur les remboursements partiels et les rétrofacturations.
Shopify est-il trop cher ?
Pas forcément. À 2 ou 2,5 % du chiffre d’affaires, le coût reste raisonnable au regard de ce qu’apporte la plateforme : hébergement, sécurité, mises à jour et écosystème d’applications. Le problème vient rarement du niveau de ce coût. Il vient du fait qu’il est mal connu.
Certains e-commerçants se tournent donc vers des solutions open source comme PrestaShop ou Magento Open Source, la version gratuite de la plateforme d’Adobe. Le logiciel ne coûte rien et aucun abonnement n’est indexé sur vos ventes. Si vous passez par une passerelle tierce, il n’y a pas non plus de commission de plateforme qui s’ajoute aux frais de paiement.
Gratuit ne veut pas dire économique pour autant. Vous payez l’hébergement, les modules (souvent plus chers à l’unité que les applications Shopify), les mises à jour de sécurité et surtout le temps d’un développeur ou d’une agence. Magento, en particulier, est puissant mais lourd : sans compétences techniques solides en interne, la maintenance coûte vite plusieurs dizaines de milliers d’euros par an. Et les frais de paiement ne disparaissent pas. Vous les négociez simplement en direct avec votre prestataire.
La différence se voit aussi dans vos comptes. Avec Shopify, l’essentiel du coût est une charge récurrente. Avec une solution open source, une partie des dépenses de développement peut, sous conditions, être immobilisée et amortie, ce qui change la lecture de votre résultat et de votre trésorerie. Le bon choix dépend de votre volume, de vos ressources techniques et de votre stratégie de croissance. Comparer uniquement les tarifs affichés ne suffit pas.
Avec un suivi mensuel des frais par moyen de paiement, vous savez quand changer de forfait, quand renégocier, et à partir de quel volume une migration mérite d’être étudiée.
Article rédigé par Jérémy RENCHY, expert-comptable diplômé et associé fondateur du cabinet Kardynal (Lyon), 18 ans d'expérience en accompagnement de TPE/PME. Élu au Conseil Régional de l'Ordre des Experts-Comptables Auvergne-Rhône-Alpes, président du club Management-RH du CROEC. Anime le podcast AuRa d'Experts.


